Il est temps de laisser les gondoles à Venise et de rentrer. En disant au revoir au Lido je croise Jia Zhang Ke qui a remporté le Lion d’or, il me confirme que son film Still Life sortira bien chez nous. Il devrait arriver avec le distributeur Ad Vitam, qui avait déjà sorti ses précédents films Platform, Plaisirs Inconnus, et The World. Une bonne ballade à pied m’emmène de Arsenal à Academia, en passant aussi bien par des ponts et des ruelles, en passant aussi bien par le Musée d’Art Erotique avec Casanova et Tinto Brass et par la Place Saint-Marc avec ses pigeons et ses musiciens.
C’est le moment du départ et le hasard fait que je retrouve pour mon retour la petite bande d’un jury jeune. Heureux du Festival de Venise et en même temps un peu fatigué, je leur demande quelques avis (positifs ou négatifs) sur un film qui les a marqué. Voici donc quelques commentaires sur le vif juste avant de passer la frontière de l’Italie. Comme ça le mot de la fin sera donc celui de spectateurs, puisque le blog est pour vous.
Falkenberg Farewell :
"Un premier film surprenant, inventif. Très proche de ses acteurs, qui sont pour quelques-uns des vrais amis dans la vie. Ce jeune suédois nous parle sincèrement, avec une lumière et des décors exemptions. Une histoire qui nous parle à tous, de l’amitié, de la difficulté de partir, des relations à nos parents. Dans une scène où il ne se passe rien de concret on n’est pas gêné par ça. On aime mais on se demande si ça va sortir en France, bravo."
Thomas, 22 ans.
C’est Gravida Qui Vous Appelle :
"Alain Robbe-Grillet, avec un des films les plus mauvais de l’Histoire du cinéma. Des acteurs de haut vol, une histoire se passant au Maroc sans aucun accent arabe, des faux seins et du faux sang partout. Un faux délire littéraire qui aboutit à un film raciste, pervers, SM, sous caché d’un intellectualisme ringard et dépassé. Ne répondez pas à l’appel de Gravida."
Thomas, 22 ans.
L’intouchable :
"Insoutenable. Film lent, peu intriguant, qui laisse un goût d’incompréhension. Le scénario n’entraîne pas le spectateur même si l’actrice y met tout son talent. Le voyage en Inde qui mène à un but non résolu donne un peu d’exotisme mais la réalité de ce pays est-elle ainsi ? Une étrangère accueillie à bras ouverts par tous, en visite solitaire sans embûches…cela reste peu crédible. Projet pas assez construit, il manque quelque chose qui intéresse le public."
Noémie, 20 ans.
Children of Men :
"On connaît déjà ce genre de film apocalyptique, mais celui-ci est tellement innovant. Alfonso Cuaron réinvente le cinéma par l’utilisation de plans-séquence qui ne font que sublimer une histoire, elle aussi magnifiquement ingénieuse, illustrée par ailleurs par une bande sonore ahurissante. Cette vision futuriste d’une humanité vouée à disparaître nous questionne à présent sur notre avenir désillusionné auquel il faudrait faire face."
Florence, 20 ans.
Bobby :
"Au premier abord on pourrait le qualifier de typiquement américanisé mais Bobby est plus que ça. Certes la morale est très forte mais ce film est d’abord un film sur la mort de Rober Kennedy, un possible président qui représentait l’espoir pour le peuple américain, notamment les noirs. Le fait que le film ne soit pas centré sur Kennedy lui-même mais sur plusieurs personnes ayant toutes un lien avec la fameuse soirée donnée pour Kennedy, permet d’aborder plusieurs cas de l’époque comme les mariages arrangés ou encore la place des mexicains et des noirs. Le point fort de ce film reste tout de même le montage très réussi de vidéos de l’époque insérées au film. Bobby est donc un rappel à la mémoire de l’espoir que Robert Kennedy avait apporté à cette époque."
Julie, 19 ans.
Propos recueillis par Christophe Maulavé, alias Il bellissimo giornalista
Samedi 9 septembre, jour du palmarès.
Le palmarès ne va pas tarder à être révélé, mais en fait 24 heures avant l’ambiance était déjà à la fête. Direction le Palazzo Grassi (qui est un musée d’art moderne) pour la soirée de la cérémonie du Gucci Award. Les nommés étaient le couturier Alexander McQueen, le musicien Moby, Helena Christensen (pour son rôle dans Allegro de Christopher Boe), l’acteur Jeremy Irons qui lui était bien là, et Nick Cave pour son script du film The Proposition (réalisé par John Hillcoat). And the award goes to... Nick Cave (bientôt en concert à Paris) était venu avec une belle moustache et sa compagne. Tout le petit monde présent a pu se rencontrer autour d’un cocktail. Cette mise en bouche sympathique donne envie de continuer la soirée ailleurs, alors nous voila à la grande fête de la Mostra Internazionale di Architettura, les amis de l’architecture sont bien plus fous la nuit.
On est maintenant samedi soir, ça y est la cérémonie de clôture commence. Voici le palmarès qui oscille entre résultat attendu et surprises, avec quelques commentaires de la présidente du jury Catherine Deneuve (au nom de José Juan Bigas Luna, Paulo Branco, Cameron Crowe, Chulpan Khamatova, Park Chan-Wook, Michele Placido) ou des autres.
Le Palmarès complet !
Lion d'or du meilleur film:
Sanxia Haoren (Still Life) de Jia Zhang Ke
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Lion d'argent du meilleur réalisateur
Coeurs (nouveau titre de petites peurs partagées) de Alain Resnais
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Lion d'argent de la meilleure révélation cinématographique (nouveau prix de la part du jury pour cette année)
Emanuele Crialese pour Nuovomundo (The Golden Door)
Catherine Deneuve: “En effet Emanuele Crialese avait dèjà été remarqué à Cannes, mais ce n’est pas pour autant qu’il était devenu connu mondialement. Une seconde exposition à Venise avec ce film est une révélation”.
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Prix spécial du Jury
Daratt de Mahamat-Saleh Haroun
Mahamat-Saleh Haroun: ”C’est une belle surprise, un beau cadeau. Modestement j’essaie de porter une parole qui même si elle vient d’un pays délaissé comme le Tchad n’est pas moins importante.”
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Coupe Volpi du meilleur acteur
Ben Affleck pour Hollywwodland de Allen Coulter
Catherine Deneuve: “Il y avait en effet d’autres noms d’acteurs possibles, mais il a fallu voter et faire un choix, si il a une injustice le jury l’assume”.
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Coppa Volpi de la meilleure actrice
Helen Mirren pour The Queen de Stephen Frears
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Prix Marcello Mastroianni de la révélation
Isild Le Besco pour L’intouchable de Benoît Jacquot
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Osella de la meilleure contribution technique
Emmanuel Lubezki, directeur de la photographie, pour Children of Men de Alfonso Cuarón
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Osella du meilleur scénario
Peter Morgan pour The Queen de Stephen Frears
Peter Morgan:” ”Le scénario était destiné peut-être au début à la télévision, je suis heureux qu’il touche un public international avec ce film”.
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Lion spécial d'honneur
Ces rencontres avec eux de Jean-marie Staub et Danièle Huillet
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A signaler que dans la sélection Horizons le prix va à Mabei Shang De Fating réalisé par Liu Jie, et pour le documentaire à When The Leeves Broke de Spike Lee.
Le jury présidé par Paula Wagner avec Guillermo Del Toro, Moshen Makmalbaf, Andrei Plakhov, Stefania Rocca a dèscerné le Lion du Futur à Khadak de Peter Brosens et Jessica Woodworth. Et le Lion du Court-Métrage a été remporté par Comment On Freine Dans Une Descente de Alix Delaporte.
Quelques mots à chaud sur ce palmarès...
Sanxia Haoren (Still Life) de Jia Zhang Ke qui a eu le Lion d’or était le film surprise, dont l’identité a été révélée en cours de festival, heureuse surprise donc. Pour The Queen qui a deux prix (actrice et scénario) la rumeur courait depuis longtemps qu’il devrait avoir quelque chose, la rumeur était aussi vraiment favorable ici à Alain Resnais. Ben Affleck en meilleur acteur est une surprise pour tout le monde, voir même un choix incompréhensible (et pourtant j’ai rien contre lui), d’autant plus que le film Hollywoodland n’avait que peu de chose à faire en compétition.
Les Fils De L'Homme est remarqué au travers de son directeur de la photographie, et c’est bien normal au vu du film. Isild Le Besco reçoit elle le Lion de la révélation, ce choix a surpris beaucoup car peu de monde n’a trouvé grâce au film L’intouchable de Benoît Jacquot. Il y a quelques jours j’avais pu dire en aparté à Isild Le Besco que bravo j’espérais qu’elle aurait ce prix.
Et quelques jours avant j’écrivais sur le blog du festival “Allez messieurs-dames du jury, un prix d'interprétation pour Isild Le Besco ? Non seulement elle le vaut bien mais en plus elle le mérite amplement !” Les grands oublés sont Bobby de Emilio Estevez (qui aurai pu avoir le scénario), Paprika de Kon Satoshi (un autre prix spécial pour reconnaître le cinéma d’animation) et Fangzhu (Exiled) le fabuleux film de Johnnie To. Pour Exiled de Johnnie To justement, une autre personne qui regrettait qu’aucun prix ne lui soit attribué en a fait la remarque, réponse de Catherine Deneuve : « Exiled était très intéressant, on a vu 22 films et il a fallu faire un choix, il n’y a pas de perdant, d’ailleurs notre jury avons attribué des nouveaux prix en plus de ceux prévus”.
Bravo à tout le monde, et bravo Isild Le Besco. Et merci à Kon Satoshi, Kioshi Kurosawa, à Mamoru Oshii, à Johnnie To et ses acteurs avec en tête par Simon Yam (on se reverra pour Election 3). Message perso à Josie Ho: c’était un vrai plaisir, à bientôt devant l’écran ou ailleurs.
Christophe Maulavé, alias Il bellissimo giornalista
Vendredi 8 septembre...
J’arrive pour le premier film et dèjà il y a la queue, renseignements pris les gens sont apparement là pour une séance de La Flûtte Enchantée de Kenneth Brannagh. Je suis un peu étonné car je pensais que c’était pour le même film que moi, ou d’ailleurs il restera de la place. Il était 8h30 du matin, et c’était Rob-B-Hood le nouveau Jackie Chan. Notre accrobate préféré est comme en train de se refaire une belle carrière en tournant dans son pays. New Police Story de Benny Chan nous montrait un Jackie Chan lessivé et à bout reprendre du service de belle manière. Puis il y a eu The Myth de Stanley Tong avec carrément deux Jackie Chan pour faire et refaire l’Histoire. Ce dernier Rob-B-Hood (réalisé aussi par Benny Chan) montre son coté voyou au grand coeur. Jackie Chan est joueur et voleur, et le voila kidnappeur d’un bébé pour le compte d’un méchant, que va-t-il lui donc lui arriver? Rob-B-Hood est une comédie d’action des plus classiques avec son lot de combats et de cascades mais cette fois notre Jackie Chan fait presque tout avec un bébé dans les bras! Entre deux gags autour du biberon ou des couches il doit par exemple rattrapper la poussette avec le bébé qui s’est accrochée à un fourgon de transports de fond, le tout au milieu de la circulation est des accidents. Sacré Jackie.
Mushishi (Bugmaster) était prometteur, le réalisateur Katsuhiro Otomo a quand même mis en image Akira, Metroplis et Steamboy. Des parasites s’infiltrent dans le corps et font devenir sourd, un connaisseur du phénomène connaît le remède. Il rencontre le cas d’un fillette oú ont poussé sur son front des petites cornes… Le film séduit mais est déroutant. Koorogi (Crickets) de Shinji Aayama déroute mais est séduisant. L’ équipe une dizaine de rangs derrière moi a reçu des applaudissements plutôt respecteux que chaleureux. C’est l’étrange relation d’une femme qui déteste un veil aveugle tant en se rendant compte que sans lui elle n’existe pas.
L’équipe du Nuovomondo (Golden Door) avec en tête le réalisateur Emanuele Crialese, Charlotte Gainsbourg et Vincent Amato est chaleureusement applaudie par les journalistes venus à leur conférence de presse. Est-ce un signe ou non que le film figurera au palmarès ? Le film s’ouvre de façon un peu arride avec un générique silencieux puis deux hommes qui grimpent la montagne pieds nus et une pierre entre les dents. Mais très vite on fait connaissance avec ces italiens qui se préparent à partir pour une Amérique idéalisée avec parait-il des poulets énormes et des fruits à profusion. Une séquence en particulier est magnifique: le départ du bateau qui sépare au propre comme au figuré les immigrants de leur terre et de leurs proches. Puis c’est le grand voyage vers l’inconnu en imaginant des rivières de lait, l’arrivée sera bien différente.
Mais quel sera le palmarès des films en compétition?
Christophe Maulavé, alias Il bellissimo giornalista
Les Projections du samedi 9 septembre
Ostrov (The Island) De Pavel Loungine (Russia, 112')
=> Voir la fiche complète du film
Belle Toujours De Manoel De Oliveira (Portugal, 68’)
=> Voir la fiche complète du film
Egalement au programme, dans les sections parrallèles :
Akamas De Panicos Chrysanthou (Cyprus, Greece, Hungary, Turkey, 125')
Quijote De Mimmo Paladino (Italy, 75')
Et bien sûr, la Cérémonie du Palmarès...
Vendredi 8 septembre - Retour en images sur la journée tout en Prada de Meryl Streep & de l'équipe du film...
Photo-call du Diable s'habille en Prada





Tapis Rouge du Diable s'habille en Prada








© photos Isabelle Vautier, alias Il photographe fantastica
=> Voir toutes les photos de la présentation du Diable s'habille en Prada
Vendredi 8 septembre - On les a croisé hier à Venise : David Lynch, Jackie Chan, Jérémie Rénier, Johnnie To, etc.David Lynch en press-junket pour son film...


Tapis rouge du film Fangzhu de Johnnie To...


Mais c'est Jackie Chan ????
Présentation du film La Flute Enchantée avec avant-première à La fenice !



© photos Isabelle Vautier, alias Il photographe fantastica
=> Voir toutes les photos de la journée du 7 septembre
Vendredi 8 Septembre : C'est bientôt la fin 
Les films se suivent et ne se ressemblent pas. Kenneth Branagh donne sa version de La Flûte Enchantée, Meryl Streep est là pour Le Diable s’habille en Prada, et Nue Propriété a fait venir Isabelle Huppert, Jèrèmie Rénier et son frère Yannick Rénier.
Le gang de Johnnie To est toujours dans les parages puisque son film Exiled est encore projeté aujourd’hui. Encore une fois c’est une pépite de cinéma, alors ce n’est pas un hasard si mon chemin croise les acteurs, ils représentent à eux seuls une sorte HK all stars team, confidences à suivre. Je retrouve le grand Simon Yam pour échanger quelques mots, à mon grand étonnement il a l’air de se souvenir de moi quand on avait bavardé ensemble à la sortie de Election 2 à Cannes. Il me présente à l’actrice Josie Ho qui en plus d’être très belle est surtout très douée. Au milieu de la dizaine d’acteurs qui essayent de ne pas crever sous les balles de pistolets, c’est elle Josie Ho qui crève l’écran. Supporter de Isild Le Besco pour un prix d’interprétation, je dois dire que l’actrice Josie Ho mérite vraiment aussi de recevoir un prix ou une mention spéciale.
Le palmarès sera connu samedi soir, on sent que le Festival de Venise va prendre fin dans pas longtemps. Voici quelques anecdotes en passant sur les coulisses. L’accès au salles se fait par priorité et couleur de badge, mais une fois des membres d’un jury jeune n’ont pas pu rentrer. En conférence de presse il y a bien encore cette année (voir Venise 2005 sur commeaucinema.com) Steve le journaliste qui est le premier à poser une question quand il a aimé un film, comme Children Of Men de Alfonso Cuaron. La terrasse d’un hôtel est sponsorisée par une marque d’alcool, c’est toujours open bar pour qui s’y retrouve. Dans le village accessible à tout le monde il y a une sorte de concours de la meilleure mauvaise critiques, les une plus pires que les autres sont affichées sur un mur. On y voit pour certains films des courbes d’endormissement par exemple, ma préférée concerne Oliver Stone avec le jeu de mot "World Tear Center".
Quoi d’autre? C’est par hasard que j’ai appris que la France avait pris sa revanche en battant l’Italie au foot, il parait qu’un policier a failli en manger sa casquette. Qui d’autre? Demain verra Charlotte Gainsbourg pour le film de Emanuele Crialese, Manoel de Oliveira et Alain Robbe-Grillet pour les amoureux de films d’auteur. Autres auteurs à suivre demain : Aayama Shinji et Otomo Katsuhiro.
Et le réalisateur Benny Chan pour Rob-B-Hood… avec Jackie Chan!
Christophe Maulavé, alias Il bellissimo giornalista